La liste évolutive des 500 plus grands albums de tous les temps de Rolling Stone magazine, bien que régulièrement remise à jour depuis sa création en 2003, est complètement merdique.
Pour preuve, à l’heure où j’écris ces lignes, quelque part en septembre 2024, Marvin Gaye est numéro 1 avec What’s Going On.
Alors quand vous voyez RATM pointer à la 221 place, ou Doolittle à la 141eme, vous comprenez bien qu’on a ici un petit problème.
Pire, ils ont complètement oublié l’École du Micro d’Argent et les 3 premiers Stupeflip.
De manière tout à fait objective, on peut le dire : Chez Rolling Stone, musicalement, ils sont complètement à la masse.
Mais ce n’est pas vraiment de ça que je voulais vous parler aujourd’hui.
De tous ces albums loin dans le classement ou juste absents de cette liste, il me semble que certains auraient pu se faire une meilleure place assez facilement.
C’est des albums qui ont tout pour figurer dans les 500.
Leur unique défaut : ils contiennent trop de titres.
Un album où tu as 8 bons morceaux et 4 pourraves, c’est un album moyen.
Alors que si tu dégages les bouses, tu as – au minimum – un bon album.
C’est ça l’idée.
Aujourd’hui, penchons-nous sur le cas de III Sides To Every Story, l’album concept d’Extreme sorti en 1992.
Donc, c’est un album en 3 parties.
Les 3 parties – Yours, Mine and The Thrut – abordent des points de vue différents d’une même histoire.
Alors pour bien marquer ces différents points de vue, le groupe va utiliser 3 styles musicaux distincts.
On passe du hard rock pour les 6 morceaux de Yours, à un son plus rock FM pour Mine, et enfin à du rock progressif pour The Thruth.
À propos du titre III Sides To Every Story, il paraît que c’est un dicton. Voilà ce qu’en dit le robot de Quora :
« Il y a trois côtés à toute histoire » signifie que dans tout conflit ou désaccord, il existe de multiples perspectives à considérer.
Votre côté (Yours): le point de vue et l’interprétation de la personne qui raconte l’histoire.
Mon côté (Mine) : le point de vue de l’autre partie impliquée.
La Vérité (The Thrut) : une réalité objective qui englobe les deux côtés et peut-être plus, représentant une vision plus complète de la situation.
Merci robot, oui mais bon.
Je m’en fous de ce qu’ils racontent, vu que j’y pige rien.
Et c’est la musique qui va me dire si j’aime ou pas la cassette.
Pas la poésie.
Je comprends quand même que ça parle pas mal de Dieu.
Et j’en ai rien à taper.
Je n’ai pas envie de passer du temps à déchiffrer leurs histoires d’adultes croyants dans une autre langue.
Surtout que bon, au moment où je découvre III Sides, j’ai 13 ans, et que ni l’anglais, ni la théologie me passionnent vraiment.
À chaque fois que j’écoute cet album, c’est comme le Titanic.
Je suis dans ma croisière – au calme – avec les gros riffs et les solos démentiels de Nuno. Ça envoie, je suis bien. Je vibre avec les 6 premiers titres de la partie Yours :
Warheads,
Rest In Peace,
Color Me Blind,
et l’immense Peacemaker Die.
Les très écoutables Politicalamity et Cupid’s Dead complètent le tableau.
On part sur de très bonnes bases.
Comme disaient les Dousseur de Vivre, le bon hard rock.
Et d’un coup, l’iceberg : Seven Sundays.
Qu’est-ce que ce machin fout ici au milieu de ma traversée triomphante de l’Atlantique ?
On arrive beaucoup trop vite dessus.
Il faut vite faire des combines de marin pour éviter ce gros bloc de glace qui risque de jeter un méchant coup de froid sur la suite du voyage.
On vire à gauche.
Mais c’est trop tard.
4 minutes 18 de cet enfer, c’est foutu.
On a touché.
On prend l’eau.
Tu ne le sais pas encore, mais tu es déjà mort.
À chaque fois que je ressors cet album, je me dis que j’ai la maturité nécessaire pour enfin l’apprécier dans son intégralité.
À chaque fois que Seven Sundays arrive, je sers les dents, les poings, je pense à ma liste de course, à la brièveté de la vie, à ce profond sentiment d’exclusion.
À chaque fois, je me dis, c’est la bonne, je vais y arriver.
Car c’est de toute évidence le tout meilleur album d’Extreme.
Je dois le faire.
Je dois le comprendre.
Mais j’éprouve en même temps du désespoir.
Je commence à me souvenir.
Je sais que c’est la fin.
Avec mon petit gilet de sauvetage pourri, je vais mourir de froid à nouveau, dans les eaux glacées et sombres de The Thrut.
Alors, j’avance encore un peu, en me persuadant que tout va bien se passer.
Surtout que Tragic Comic a longtemps été mon titre préféré de III Sides.
Au point d’en apprendre les paroles par cœur, et de repiquer la ligne de basse de l’intro sur ma guitare.
Mais bon.
C’est pas facile.
Même si aujourd’hui, je peux écouter Our Father sans trop de problèmes, c’est pas franchement un morceau frisson.
Avec beaucoup d’efforts par contre, j’ai enfin réussi à trouver de quoi me raccrocher au titre Stop The World.
En fait, ça fait parfaitement le job pour clore le disque.
C’est un peu différent.
Ça stop the world.
On va stopper l’album ici les gars, et économiser 3 semaines de studio.
Surtout qu’à Abbey Road, ils nous prennent un bras avec leur orchestre philharmonique.
Alors c’est bon. On s’arrête là, avec cette coda sans chichi.
Il y a un truc qui groove dans le pont. Une vibe un peu 80s, avec ces nappes de synthés The Curesques sur le refrain. Un solo de gratte kitch à la Santana. Plein de merdes que je ne pouvais pas apprécier ado, qui me parlent beaucoup plus aujourd’hui.
Et puis oui, en fond déjà un écho du thème de Who Cares?…
Je sais que c’est relié au reste.
Mais le reste, oh my god…
Tout le reste est à benner dans la benne des encombrants.
Même si Am I Ever Gonna Change est encore régulièrement joué en concert par le groupe (et que ça passe plutôt pas mal en live).
Même si certains jours, après des années de persévérance, j’arrive à me mettre dans le bon état d’esprit pour me faire The Truth jusqu’au bout, C’est bien trop indirect.
C’est trop.
Vous avez vu comme on est des musiciens en fait.
C’est trop sérieux.
Ça ne s’adresse plus au corps.
C’est chiant.
Enfin…
Si je vous disais que l’intro piano de Who Cares? est le truc que je préfère dans toute la discographie d’Extreme.
Ben c’est pas vrai.
Mais ce morceau de piano, vous pouvez détruire tout ce qu’il vous plaira, je l’aime à mourir.
Alors, vu qu’on est dans les années 90 et que c’est LA décennie ultime de la chanson cachée au fond du CD, J’aurais bien mis l’intro de Who Cares? 3 minutes après Stop The World.
Sans faire intervenir les violons à 1.15.
On fait tourner encore un peu la boucle finale avec un petit fade des familles, 1 minute 25.
Voilà.
Un putain de bon album de rock.
Et vu qu’on aime bien donner des notes dans mon petit cerveau malade, voici le score de III Sides To Every Story (With No Bullshit).
Warheads : 8/10
Rest In Peace : 8/10
Politicalamity : 7/10
Color Me Blind : 7.5/10
Cupid’s Dead : 7/10
Peacemaker Die : 9/10
Tragic Comic : 8/10
Stop The World : 6.5/10
Who Cares? – Piano Intro (morceau caché): 8.5/10
Durée totale : 48 minutes 32 secondes (avec les 3 minutes de silence avant le morceau caché) contre 1 heure et 16 minutes initialement.
Total score: 7.722/10
Ah oui c’est vrai.
Maintenant que III Sides est devenu génial, quel est sa place dans la liste des 500 meilleurs albums du monde de Rolling Stone ?
Alors…
Ah, voilà.
En 475 position, il y a – au moment où j’écris ces lignes – l’album de country de Sheryl Crow, un album qui s’appelle Sheryl Crow.
Je le connais, je l’ai chopé dans un magasin d’occase de l’abbé Pierre, ce saint homme.
III Sides To Every Story viendrait se classer juste devant, c’est-à-dire à la 83e place.
Bonne écoute!
Ps : on allait quand même pas oublier la chanson cachée ?
Je vous laisse avec ma petite interprétation de Who Cares?
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