La liste évolutive des 500 plus grands albums de tous les temps de Rolling Stone magazine, bien que régulièrement remise à jour depuis sa création en 2003, est une hérésie.
Pour preuve, à l’heure où j’écris ces lignes, quelque part en janvier 2025, Joni Mitchell est à la troisième place de ce classement.
Joni Mitchell ?!
Numéro 3 ?
Mais c’est qui lui ??
Alors quand vous voyez les GN’R pointer à la 62e place avec Appetite, ou Pearl Jam avec Ten à la 160e, vous comprenez bien qu’on a ici un petit problème.
Pire, ils ont complètement oublié Pump Up The Jam de Technotronic et l’immense L’Album de Benny B.
Aucun respect pour les artistes belges au passage.
Alors de manière tout à fait objective, on peut le dire : Chez Rolling Stone, musicalement, ils sont complètement à la charrette.
Mais ce n’est pas vraiment de ça que je voulais vous parler aujourd’hui.
De tous ces albums loin dans le classement ou juste absents de cette liste, il me semble que certains auraient pu se faire une meilleure place assez facilement.
C’est des albums qui ont tout pour figurer dans les 500.
Leur unique défaut : ils contiennent trop de titres.
Un album où tu as 8 bons morceaux et 4 petites crottes, c’est souvent un album oubliable.
Alors que si tu dégages les bouses, tu as un bon album. Au minimum.
C’est ça l’idée.
Aujourd’hui, on va se parler de Stereolithic, l’album de 311 sorti en 2014.
Selon les dires de nombreux fans – internettement bruyants – du groupe, il semblerait que les Three Eleven aient tout donné entre le milieu des années 90 et celui des années 2000.
Plus précisément de Music (1993) à Evolver (2003), soit quand même 7 albums studios, une compile de demos et un live.
Et ils sont assez durs avec les récentes sorties de leur groupe préféré.
Pour preuve, les discussions sans fin sur leurs choix créatifs douteux, leur côté commercial indigne du rock ‘n’ roll, leurs campagnes marketing méprisables.
Comme quoi, c’est des gros ringards maintenant.
Qu’ils font de la peine à voir en live.
Qu’ils ont mal vieilli.
À chaque nouvelle sortie, j’ai l’impression qu’ils se font descendre avant même que la musique soit disponible.
Pourquoi tant de haine ?
Dans mon anglais approximatif, j’ai posé la question sur reddit, et une personne m’a répondu :
Nobody hates 311 music quite like 311 fans.
Ça va de soi.
Bon, je ne connais pas assez leur carrière pour juger.
Je ne les ai pas découvert dans les années 90.
Je n’ai pas grandi avec eux, et leurs évolutions stylistiques au fil du temps ne m’ont pas autant posé problème que pour celles et ceux qui étaient là au tout début.
Mais, au milieu des immenses étrons qu’auraient pondues les 5 rockeurs du Nebraska depuis Evolver en 2003 jusqu’à aujourd’hui avec Full Bloom, une galette semble sortir du lot.
Un album réussit à les réconcilier partiellement avec leur crew favori, ce fameux Stereolithic, album long de 15 titres.
15 titres !!!
Nous y voilà.
Je crois que moi aussi je vais me mettre à taper sur 311.
Je vais enfin faire partie des vrais.
Moi aussi je fume des clopes sans crapoter derrière le gymnase.
15 titres.
Vous savez comment ça s’appelle ?
Quand on n’est pas les Pixies dans les années 80 ?
Vous savez ?
Ça s’appelle Indigeste.
C’est comme dans le petit village typique de Gruyères en Suisse romande. Trop de crème-double sur des meringues en terrasse au cagnard en pleine canicule, avec une pinte sans bulles de Cardinal tiède.
C’est pas possible.
Et pourtant.
C’est humain.
Ça arrive.
On fait beaucoup trop confiance à notre appareil digestif.
Manifestement, les 311 font bien trop confiance aux appareils auditifs de leurs fans.
Pourtant, tout cela commence de la plus belle des manières.
Les 3 premiers morceaux de l’album sont quasi impeccables.
Ebb and Flow nous met direct dans l’ambiance.
Entraînant, pas chiant, pas bête.
On est bien accueilli.
Et Five of Everything lui fait parfaitement suite.
Une nouvelle occasion de constater la complémentarité des 2 chanteurs, même si j’ai un peu de mal avec la partie rap qui arrive vers 2.30.
Mais c’est pas grave, ce passage n’est pas si long, et tout le reste est vraiment cool.
Tim Mahoney ayant le don de sortir des riffs de guitare souvent accrocheurs.
D’ailleurs, son riff d’intro sur Showdown est de cette veine-là encore.
Et vas-y ça part en reggae, ils sont tellement faciles.
Même si, encore une fois autour des 2 minutes 30, on a un nouveau passage en rap de Doug « SA » Martinez pas super inspiré.
Comme s’il fallait absolument qu’il pose un flow ici.
Voilà, c’est fait.
Mais c’est pas grave, ce passage n’est pas si long, et tout le reste est vraiment cool.
Cette impression de déjà vu.
Non, la première boulette, c’est ce 4e titre, Revelation of the Year.
C’est quoi ça ?
On tombe de six étages direct.
J’ai pas envie de parler de ce truc.
C’est pas mauvais, mais ça n’a rien à faire ici.
Cet enfer de pentatoniques, hyper long, avec une mélodie de gratte qu’on dirait jouée au Kazoo.
Et quel dommage de caler ça entre Showdown et le premier high de l’album, Sand Dollars (que pas mal de ces fans milichiants adorent détester. Cette bande de haters périmés).
Oui, c’est le vrai quatrième titre de Stereolithic.
Et c’est le plus beau aussi.
Et j’ai raison, tu le sais.
Ta gueule.
Ensuite, viennent les morceaux ok tier de l’album :
Boom Shanka et Make It Rough, ça casse pas trois pattes à un chihuahua mexicain, mais ça se laisse écouter en voiture.
Très bien même.
Et puis si je commence à virer ces titres-là, je vais me retrouver avec un maxi.
L’idée, c’est d’avoir un album donc, on garde ces 2.
Mais je ne peux pas laisser The Great Divide.
Et ça, c’était pas facile à prendre comme décision.
Parce que.
Tout le morceau est à chier.
Les vieilles pentas sont de retour, le vieux rap de ton petit frère de 12 ans, le truc entendu 150.000 fois. C’est bon.
Mais, à 2.55, commence un truc qui me retourne à chaque fois.
Je sais que si on analyse ces accords, au fond il n’y a rien d’extraordinaire.
Mais c’est si bien amené par l’ensemble du groupe, et quand ça part à 3.15, ça me fout des frissons de partout.
Le After all this time, à chaque fois, il me flingue.
Alors rien que pour ce passage, j’ai essayé de l’aimer ce titre, je l’ai écouté des dizaines de fois…
Non.
Non, c’est en dessous.
Tu sors.
Friday Afternoon est un autre cas épineux.
Je l’avais dégagé de l’album en première intention pile au moment où j’ai entendu cet embarrassant clin d’œil au Prélude en Do majeur de Bach, au bout de cette première partie un peu poussive.
Prélude me rappelant parmi les pires moments de ma vie d’apprenti pianiste à essayer de jouer cette partoche infâme pleine d’accords tordus qui restent jamais les mêmes.
Mais j’ai persévéré.
Il y a ce petit solo sympathique.
Un petit moment d’accalmie, une petite respiration dans l’album.
Et, ah.
Un final un peu plus vénère.
Oui, ouais, ouais.
Oui, oui.
Mais non en fait.
On va pas se faire chier avec ça.
Et on ne va même pas parler de Simple True, la vraie septième plage de l’album, c’est First Dimension.
Un titre un peu grunge dans les guitares. Ça doit être cool à jouer même sans les autres instrus.
Et le solo est assez bien foutu.
Allez d’accord.
Surtout qu’il s’enchaîne naturellement avec l’autre point culminant de l’album, Made in The Shade.
Vous pouvez oublier les 3 derniers morceaux du disque.
Aucun n’arrivera à la cheville de ce titre entrainant/planant en son clair.
Avec ce bass/drums aux petits moignons de Aaron Wills et Chad Sexton, cette complémentarité entre Nick Hexum et SA au chant.
Ce dernier accord posé par Tim Mahoney.
Cette note au synthé qui prend le temps, tout le temps, de laisser retomber la poussière…
Alors, qu’est-ce que ça vaut Stereolithic (with NO bullshit) ?
Ah, c’est mon moment préféré. Je suis là, je te dis comment ça marche.
Parce que je sais tout. La vraie valeur des choses.
L’ objectivité incarnée.
Ebb and flow 7.5
Five of everything 7.5
Showdown 7.5
Sand Dollars 8.0
Boom Shanka 6.5
Make it rough 6.5
First Dimension 7.0
Made in the shade 8.0
Durée totale : 27 minutes 36 secondes, contre 55 minutes 36 secondes dans sa version originale.
Total score : 7.3125/10
Solide.
Alors bon.
Je ne dis pas le contraire.
Et Pretty Hate Machine de Nine Inch Nails est un enregistrement qui mérite largement de se retrouver à la 453e place du classement actuel des 500 plus grands albums de tous les temps (janvier 2025).
Mais vous avez déjà écouté ce truc à la 461e place ?
For Emma, Forever ago ?
Un type qui s’appelle Bon Iver.
Incompréhensible.
Ça doit être une erreur.
Je propose qu’on le dégage du classement et qu’on y mette à la place ce magnifique album de 311.
Bonne écoute !
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